Meurtre de Ould Berrou, le principal accusé, Brahim Ould Ledhem, sort du silence

Dans une vidéo diffusée depuis sa cellule, vendredi 6 novembre 2026, après huit ans de prison, Brahim Ould Ledhem, condamné à mort pour le meurtre de Mohamedou Ould Berrou, est sorti de son silence, à l’entame d’une grève de la faim qu’il déclare observer jusqu’à ce que son innocence soit établie ou qu’il meurt en détention. Cette vidéo a créé un véritable tsunami à travers les réseaux sociaux, poussant plusieurs internautes à réclamer la réouverture de l'enquête, tant des points non élucidés persistent dans le dossier..

Des révélations gravissimes

Dans cette vidéo qui a duré près d’une heure, Brahim Ould Ledhem, un jeune du quartier populaire de Tensweilim à Nouakchott, clame son innocence. Il déclare avoir été utilisé comme bouc-émissaire par un système judiciaire qui cherchait coûte que coûte à trouver un coupable. La police était, selon lui, acculée par une opinion publique enflammée par l’atrocité du meurtre de Ould Berrou et par une hiérarchie qui cherchait à satisfaire rapidement la famille de la victime et à faire baisser la colère populaire. Et dans pareil cas, souligne-t-il, les coupables tout désignés pour accélérer les enquêtes étaient très souvent des délinquants récidivistes, issus de familles pauvres sans soutien tribal, à qui la police faisait porter le chapeau, comme lui et ses compagnons.

Le problème était réglé, selon lui, car à coups de tortures les plus atroces, des aveux étaient soutirés, et les procès-verbaux vite ficelés.

Il déclare avoir été arrêté vingt jours après le meurtre de Mohamed Ould Berrou, lui et ses supposés complices, Boudeich, Houssein « Essiniya» et Taleb Ahmed. Il fut conduit au commissariat d’El Mina 1 où l’attendait quatre officiers de police, dont deux stagiaires. Il affirme avoir été torturé pendant plusieurs jours, déshabillé, humilié, s’évanouissant à plusieurs reprises, ce qui le poussa à avouer un crime qu’il déclare n’avoir jamais commis. Puis, il sera transféré dans plusieurs autres sites de la police, sans compter la séance en bord de mer, par une nuit glaciale où il fut placé menotté à la merci des vagues, tandis que ses tortionnaires sirotaient leur thé. Ces aveux obtenus, il fut transféré selon ses paroles dans un autre commissariat, devant d’autres officiers, où il avoua avoir fait des aveux sous la torture. Ce qui, d’après ses dires, allait lui coûter encore plus cher.

Des aveux sous la torture

Brahim Ould Ledhem affirme que malgré toutes ces séances de torture, la police ne parvenait pas à mettre la main sur trois preuves cruciales dans cette affaire, les clés de la boutique, les caméras de surveillance arrachés et l’ordinateur portable de la victime. Introuvables jusqu’à nos jours, sans compter le carnet de bord de l’agence, trouvé déchiré. Car, dit-il, ces objets, lui et ses camarades en ignoraient jusqu’à l’existence. Ces objets, dit-il, sont entre les mains des vrais assassins, en sous-entendant que la police les connaît mais ne peut pas les arrêter.

Dans sa déclaration, Brahim Ould Ledhem, qui n’avait que 18 ans au moment de son arrestation, affirme avoir eu de mauvaises fréquentations à cette époque, reconnaissant avec regret avoir côtoyé à cet âge des grandes folies, un milieu de jeunes délinquants du quartier avec qui il partageait un joint de chanvre indien. Il se dit allergique aux comprimés, même les paracétamol, affirmant n’avoir jamais touché aux comprimés psychotropes, pour démentir la thèse de la police qui affirmait qu’il aurait pu commettre le crime dans un état de non conscience. Il n’a pas nié avoir fait de la prison, mais qu’il n’a jamais été condamné.

Les magistrats qui ignorent la science

Selon lui, ni le Procureur de la République, ni les juges, n’ont dévié d’un iota par rapport aux rapports de police, sans aucune inquiétude pour les traces de torture visibles sur leur corps à vue d’oeil.

Au cours des deux procès, celui de mars 2022 devant la Cour correctionnelle de Nouakchott Sud où fut prononcé la peine de mort, et celui de juillet 2022 devant la Cour d’Appel qui confirma la peine prononcée en première instance, les juges ne donneront par la suite aucun intérêt aux analyses ADN effectuées sur la demande des autorités mauritaniennes par un célèbre institut spécialisé installé à Bordeaux en France.

Dans la thèse retenue par la police et sur la base de laquelle les magistrats ont fondé leurs accusations, les pièces à conviction, du sang sur un boubou, sur l’arme supposée du crime et sur la banquette arrière d’une voiture prétendument utilisée dans le crime, des pièces que les analyses ADN affirment être fabriquées.

En effet, les analyses affirment que le sang sur la banquette n’était pas du sang humain et que les autres échantillons de sang sur le boubou et sur le couteau n’avaient aucun lien avec la victime. Des échantillons prélevés sur les deux parents de ce dernier, son père et sa mère, avaient servi à l’analyse.

Retour sur le meurtre de Mohamedou Ould Berrou

Dans un compte-rendu détaillé publié sur le journal « Le Calame » le 14 mars 2019, le corps calciné de Mohamedou Ould Berrou, un jeune responsable d’une agence « Gaza» de transfert d’argent situé à El Mina, a été retrouvé deux jours après sa disparition aux alentours de Dar Naïm près de la prison civile.

Une enquête est ouverte par le Commissariat d’El Mina 1. Mais au cinquième jour, devant le piétinement de l’enquête et la montée de la colère populaire, une commission est misse sur pied dirigée par le Directeur régionale de la police de Nouakchott-Sud, Abdou Ould Kaber et composée des commissaires, Sidi Mohamed Ould Sidhe d’El Mina 1, Alioune Ould Limame de Dar-Naïm 1, Gouha Mint Ethmane de Dar-Naïm 3 et El Hassen Ould Samba, du Commissariat spécial de la Police juidiciaire.

A la troisième semaine de l’enquête et sous la pression de la famille de la victime ainsi que de l’opinion publique nationale, la commission d’enquête, épaulée par des équipes des brigades de recherches, décide de viser les malfaiteurs spécialisés dans les cambriolages et les braquages d’agence de transferts d’argent.

C’est ainsi qu’ils vont tomber, après filtrage, sur Brahim Ould Ledhem

Qui est Brahim Ould Ledhem et qui sont ses supposés complices ?

Selon les éléments d’informations recueillies à l’époque, Brahim Ould Ledhem est un ancien agent du Groupement général de la sécurité routière (GGSR),viré pour délinquance.

D’après le récit rapporté par « Le Calame»,  il a déjà cambriolé plusieurs agences dont Gaza, à plusieurs reprises. Déféré, il y a trois mois avant le meurtre de Ould Berrou, avec d’autres complices, par le commissariat de Teyaret 1, il a été relâché par le Parquet. Un mois plus tard, il passe vingt jours en prison, avant de bénéficier d’une liberté provisoire.

La Police arrête les "meurtriers" de Ould Berrou

Forte de ces indices, la traque de Brahim ould Ledhem commence mercredi 6 Mars 2019. Embarqué, Brahim Ould Ledhem avoue avoir prémédité et exécuté, avec trois complices : Boudeich, Houssein « Essiniya », et Taleb Ahmed ; le meurtre d’Ould Berrou.

Il raconte qu'après avoir suivi ses mouvements, pendant quelques jours, ils ont utilisé un faux taxi pour le piéger. Ils le poignardent alors, jusqu’à lui faire perdre connaissance, le temps de sortir de la ville, l’achever et l’immoler, avant de s’emparer de ses clefs et affaires personnelles et abandonner sa dépouille. Ils profitent ensuite de l’obscurité pour se rendre au siège de l’agence, en vider le coffre-fort et disparaître.

Bouddeich, le chef de la bande qui terrorisait Ten Soueïlim, est arrêté à Zaatar, dès le lendemain des aveux de Brahim. Au cours de la même journée, Houssein « Essiniya » est également appréhendé, à Riyad, tandis que leur quatrième complice, Ahmed Taleb, est coffré au Ksar. Ils avouent avoir remis les caméras de surveillance arrachées du siège de l’agence, à un complice ex- gendarme qui n’a pas participé à l’opération. Celui-ci est arrêté le dimanche 9 Mars, au lendemain de la reconstitution du meurtre. Avec ce coup de filet, notre police a accompli un véritable exploit car arrêter des meurtriers qui n’ont laissé aucune trace est une tâche particulièrement ardue. 

Me Ould Moine livre sa version

Dans un posting sur sa page facebook, suite à la vidéo de Brahim Ould Ledham, Me Ould Moine, son avocat; affirme sans ambages que son client est victime d'un système judiciaire marqué par la paresse dans le domaine de l'investigation policière et l'ignorance d'un corps de magistrat issu de l'enseignement traditionnel et déconnecté du monde actuel. D'où leur refus de considérer des analyse d'ADN ou les résultats d'empreintes digitales comme recevables en matière juciaire.

Le dossier du meurtre de Ould Berrou est suspendu aujourd'hui au niveau de la Cour Suprême depuis plus de sept ans.  

Cheikh Aïdara