Le paradoxe de l'Inchiri : Quand l'exploitation de l'or appauvrit les populations locales

Terre d'or et de cuivre, la wilaya de l'Inchiri fait face à une contradiction majeure : ses richesses minières ne profitent pas à ses habitants, tandis que leur extraction détruit les moyens de subsistance traditionnels. À travers un plaidoyer pour un développement minier responsable, un citoyen demande au Président de concilier enfin protection des écosystèmes et bien-être social.

 

À MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE.

Objet : "Damane et Lemden" de l'Inchiri vous  conjure de les sauver.

Monsieur le Président de la République,
Lors de votre dernière visite dans la wilaya de l’Inchiri, on aurait bien voulu vous rencontrer afin de vous faire part directement de nos préoccupations et des problèmes considèrés comme prioritaires pour le développement de la Wilaya de l'Inchiri. Malheureusement, les conditions et les critères définis pour l’organisation de cette visite n’ont pas permis cette rencontre tant espérée entre le sommet de l’État et la base citoyenne.
Aujourd’hui, je m'adresse à vous par le biais de cette lettre, animé par une profonde inquiétude face à une situation qui menace non seulement nos conditions de vie actuelles, mais également l’avenir des générations futures.

Monsieur le Président,
L’Inchiri, terre d’or et de cuivre, de traditions pastorales et de richesses culturelles, est aujourd’hui confrontée à une dégradation environnementale préoccupante. Les activités d’orpaillage artisanal ont profondément bouleversé de vastes espaces de son territoire, défigurant les paysages, dégradant les sols et menaçant l’équilibre des écosystèmes.

Les conséquences de cette situation sont déjà visibles dans plusieurs zones de la wilaya. Elles suscitent aujourd’hui une inquiétude particulière concernant deux espaces emblématiques de l’histoire et de la vie des populations autochtones : "Damane et Lemden"
Ces deux territoires ne sont pas de simples étendues de terre. Ils constituent une partie intégrante de l’histoire, de la culture et de l’identité des populations de l’Inchiri. Depuis des générations, ils représentent des espaces agricoles et pastoraux essentiels, contribuant à l’alimentation des familles, à la subsistance du cheptel et à la préservation de pratiques traditionnelles profondément enracinées dans la vie locale.
Aujourd’hui, ces terres sont menacées par l’extension des activités d’orpaillage. La perspective de voir Damane et Lemden subir le même sort que Tijirit et d’autres zones déjà fortement dégradées de la wilaya fait naître une crainte légitime parmi les populations concernées.

Peut-on accepter que des espaces qui ont nourri des générations entières soient progressivement sacrifiés, sans que toutes les mesures nécessaires soient prises pour prévenir leur destruction ?
Peut-on envisager le développement d’une région sans protéger les terres qui assurent la subsistance de ses habitants et constituent un héritage irremplaçable pour leurs enfants ?

Monsieur le Président,
Il nous semble essentiel de ne pas dissocier la question environnementale de la réalité sociale et économique des populations autochtones de l’Inchiri.
Comment expliquer que les habitants d’une wilaya dont le sous-sol recèle d’importantes richesses minières, dont le territoire abrite des ressources pastorales et des espaces agricoles, continuent de faire face à des conditions de vie qui ne sont pas à la hauteur du potentiel de leur région ?

Cette contradiction mérite une attention particulière. Les richesses naturelles ne peuvent véritablement constituer un levier de développement que si leur exploitation contribue à améliorer les conditions de vie des populations, à préserver leur environnement et à garantir des perspectives durables aux générations futures.

Or, lorsque l’exploitation des ressources entraîne la dégradation des terres, la disparition des espaces agricoles et pastoraux et la détérioration du cadre de vie, c’est toute la question du développement durable et de la responsabilité collective qui se trouve posée.

L’Inchiri ne peut être considérée uniquement comme une réserve de richesses minières. Elle est aussi un territoire habité, une terre de mémoire, un espace de vie et un patrimoine que nous avons le devoir de transmettre.

La situation actuelle appelle donc une réponse qui dépasse la seule question de l’exploitation minière. Elle exige une vision globale associant protection de l’environnement, sauvegarde des moyens de subsistance, valorisation du patrimoine local et amélioration des conditions de vie des populations.

Monsieur le Président,
L’avenir de "Damane et Lemden" ne concerne pas seulement les populations qui y vivent et en dépendent directement. Il engage également notre responsabilité envers les générations futures, qui ont le droit d'hériter de terres encore capables de nourrir leurs familles, de soutenir le cheptel et de préserver la richesse écologique et culturelle de leur région.

C’est pourquoi nous sollicitons respectueusement votre intervention afin que des mesures urgentes soient prises pour :
●Protéger "Damane et Lemden" contre toute activité susceptible de compromettre durablement leur vocation agricole, pastorale, environnementale et patrimoniale ;
●Faire procéder à une évaluation sérieuse de la situation environnementale dans ces deux espaces, en tenant compte des risques liés à l’orpaillage et des conséquences déjà observées dans d’autres zones de l’Inchiri ;
●Prévenir la répétition de la catastrophe environnementale de Tijirit et la multiplication de zones dégradées devenues difficiles à restaurer ;
●Associer les populations autochtones aux décisions concernant leur territoire, en leur permettant d’exprimer leurs préoccupations et de participer à la recherche de solutions durables ;
●Promouvoir un développement minier responsable, conciliant l’exploitation des ressources naturelles, la protection des écosystèmes et la préservation des intérêts légitimes des populations locales.

Monsieur le Président de la République,
Nous sommes convaincus qu’une attention particulière portée à cette situation permettrait de préserver un patrimoine précieux tout en envoyant un signal fort en faveur d’un développement plus équitable et plus respectueux de l’environnement.
Votre intervention peut contribuer à empêcher que "Damane et Lemden" ne deviennent, à leur tour, les symboles d’une dégradation irréversible de notre patrimoine naturel.
Sauver "Damane et Lemden", ce n’est pas s’opposer au développement. C’est défendre un développement qui ne condamne ni les populations d’aujourd’hui ni les générations de demain.
C’est protéger les moyens de subsistance des familles, préserver l’histoire et la culture de l’Inchiri et rappeler que les richesses d’une région doivent également être une source de dignité, d’espoir et de prospérité pour ses habitants.

Monsieur le Président, Une terre détruite est un héritage perdu, un patrimoine sacrifié ne se reconstitue pas toujours et les générations futures ne doivent pas payer le prix de notre inaction présente.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

Ahmed Salem Mohamed Deida
Un autochtone de l'Inchiri.