Le président sincère et les victimes de la falsification politique

Par Nouh Mohamed Mahmoud

Dans les États qui aspirent à la construction et à la réforme, le danger majeur ne réside ni dans l’opposition ni dans la critique. Il se trouve plutôt chez ceux qui dissimulent la réalité aux décideurs, enjolivent les faits, transforment les échecs en succès et présentent les crises comme des réalisations. Car un dirigeant, aussi sincères que soient ses intentions, ne peut prendre les bonnes décisions lorsque les informations qui lui parviennent sont inexactes, tronquées ou délibérément déformées.

À plusieurs reprises, le président de la République, , a démontré sa bonne foi, son attachement à l’apaisement, à l’ouverture et au dialogue avec les différentes composantes politiques et sociales du pays. Cette disposition a d’ailleurs été reconnue par certains de ses adversaires politiques, notamment le député et leader du mouvement IRA , avant même qu’elle ne soit saluée par ses propres partisans. Mais les bonnes intentions, à elles seules, ne suffisent pas lorsqu’autour du pouvoir gravitent des cercles d’intérêts dont la mission implicite consiste à masquer les réalités et à présenter une image artificiellement positive, loin des préoccupations et des souffrances des citoyens.

Le plus grand péril pour tout projet de réforme réside dans l’existence de responsables, de conseillers ou de détenteurs d’influence dont la priorité n’est pas l’intérêt général, mais la préservation de leurs privilèges et de leurs positions. Ceux-là n’hésitent pas, lorsque cela sert leurs intérêts, à induire la direction politique en erreur, à occulter les dysfonctionnements, à minimiser la corruption ou à taire les insuffisances de l’action publique. Ils ne servent ni le président ni l’État ; ils ne servent qu’eux-mêmes, repoussant les crises au lieu d’en traiter les causes profondes.

À l’inverse, ceux qui ont le courage de signaler les défaillances, de dénoncer le gaspillage ou de mettre en lumière les foyers de corruption devraient être considérés comme des acteurs de la solution plutôt que comme des fauteurs de troubles. Les nations ne progressent ni par la complaisance ni par l’hypocrisie administrative ou politique. Elles avancent grâce à la vérité, à la transparence et à la reddition des comptes.

L’expérience enseigne que l’Histoire est implacable. Les peuples ne se souviennent guère de ceux qui ont applaudi l’erreur ; ils retiennent plutôt le nom de ceux qui ont eu le courage de dire la vérité au moment opportun. La responsabilité nationale exige donc que chacun fasse preuve de sincérité envers le président, tout comme il appartient au président d’être sincère envers son peuple.

La période actuelle appelle une véritable révolution morale dans l’administration et dans la vie politique : une révolution fondée sur la vérité, même lorsqu’elle dérange ; sur la lutte contre la corruption, quels que soient les réseaux qu’elle protège ; et sur la promotion de la compétence et de l’intégrité au-dessus des loyautés étroites et des intérêts particuliers. Les nations ne se construisent pas sur les faux-semblants, ni sur les rapports truqués. Elles se bâtissent sur la sincérité, le travail et le dévouement.

S’il est un message qui mérite aujourd’hui d’être entendu, c’est bien celui-ci : la patrie est plus grande que les individus. Le responsable qui cache la vérité devient partie prenante de la crise ; celui qui révèle les dysfonctionnements et œuvre à leur correction participe au salut collectif. Entre ces deux voies, l’Histoire rendra son verdict, un verdict qui ne fait de faveur à personne.