La décentralisation en Mauritanie demeure, malgré les réformes successives, un chantier inachevé. Conçue comme un levier de proximité, de participation citoyenne et de développement équilibré, elle se heurte encore à des blocages structurels qui limitent l’efficacité des communes. Pourtant, une exception notable s’impose avec force : Nouadhibou, devenue au fil des années un laboratoire vivant d’une gouvernance locale dynamique et innovante.
Un diagnostic sans complaisance : les communes face à leurs limites
La majorité des communes mauritaniennes souffre d’un déficit de moyens, mais surtout d’un déficit de vision. L’insuffisance des ressources financières est souvent évoquée, mais elle masque d’autres problèmes plus profonds :
• une faible autonomie décisionnelle, les communes restant dépendantes de l’administration centrale ;
• un manque de compétences techniques, notamment en planification, gestion budgétaire et ingénierie territoriale ;
• une communication institutionnelle quasi inexistante, qui éloigne les citoyens des décisions locales ;
• une absence de culture de performance, où l’évaluation des politiques publiques locales reste marginale.
À cela s’ajoute une fragmentation des initiatives et une difficulté à mobiliser les acteurs économiques et sociaux autour de projets structurants. Les communes deviennent alors des structures administratives plutôt que des moteurs de développement.
Nouadhibou : l’exception qui révèle le potentiel
À contre-courant, Nouadhibou incarne une autre réalité. Ville portuaire stratégique, elle a su transformer ses contraintes en opportunités. Mais au-delà des facteurs structurels, un élément déterminant explique cette réussite : le leadership du maire, El Ghassem Ould Bellali.
Son action illustre ce que peut produire une gouvernance locale lorsqu’elle est portée par une vision claire et une capacité d’anticipation. Sous son impulsion, Nouadhibou ne se contente pas de gérer l’existant ; elle se projette, se positionne et se transforme. Le maire a su inscrire la ville dans une logique stratégique, en valorisant son rôle économique, son ouverture maritime et son potentiel industriel.
Ce leadership se manifeste à plusieurs niveaux :
• Une vision territoriale assumée, orientée vers l’émergence d’un pôle économique moderne ;
• Une capacité de mobilisation, fédérant acteurs publics et privés autour d’objectifs communs ;
• Une culture du résultat, privilégiant l’efficacité et l’impact concret ;
• Une communication proactive, qui renforce l’attractivité et la cohésion locale.
Dans ce modèle, le maire devient plus qu’un gestionnaire : il est un architecte du développement local, capable de transformer une ville en véritable levier économique.
Vers une stratégie de communication territoriale renouvelée
Pour sortir de l’impasse, les communes doivent adopter une véritable stratégie de communication, non pas comme un outil de façade, mais comme un levier de transformation. Cette stratégie doit reposer sur trois axes fondamentaux :
1. Informer pour légitimer
Les citoyens doivent être informés de manière régulière, claire et transparente. Une commune qui communique renforce sa légitimité et favorise la confiance.
2. Mobiliser pour agir
La communication doit encourager la participation citoyenne, en impliquant les habitants dans les projets locaux. Il s’agit de passer d’une logique administrative à une logique collaborative.
3. Valoriser pour attirer
Chaque commune doit construire une identité territoriale forte, mettant en avant ses atouts spécifiques pour attirer investisseurs, partenaires et compétences.
Les conditions d’une décentralisation effective
Au-delà de la communication, une réforme en profondeur s’impose pour faire des communes de véritables acteurs du développement. Plusieurs pistes peuvent être envisagées :
Renforcer l’autonomie financière, en élargissant les ressources fiscales locales et en garantissant leur gestion transparente ;
Professionnaliser l’administration communale, par la formation continue et le recrutement de profils qualifiés ;
Instaurer une culture de résultats, avec des indicateurs de performance et des mécanismes d’évaluation ;
Encourager les partenariats locaux, entre communes, entreprises et société civile ;
Développer le numérique, pour moderniser la gestion et améliorer la relation avec les citoyens.
Conclusion : une opportunité historique
La Mauritanie se trouve à un tournant décisif. La décentralisation ne peut plus être un slogan institutionnel ; elle doit devenir une réalité tangible dans la vie quotidienne des citoyens. L’exemple de Nouadhibou, porté par le leadership de El Ghassem Ould Bellali, prouve que le changement est possible, qu’une commune peut être à la fois un espace de gouvernance efficace et un moteur de développement.
Il ne s’agit pas de reproduire mécaniquement un modèle, mais de s’en inspirer pour construire une vision nationale de la décentralisation, adaptée aux réalités locales. Car au fond, c’est dans les communes que se joue l’avenir du pays : là où l’État rencontre le citoyen, là où le développement prend racine, là où la nation se construit au quotidien.
Sneiba Mohamed
Journaliste, expert en communication institutionnel

