Cheikhna Nenni : l’homme des passerelles discrètes

Dans le paysage public mauritanien, certains parcours s’imposent par le bruit, d’autres par la constance. Celui de Cheikhna Oukd  Nenni appartient à cette seconde catégorie : une trajectoire bâtie sur la communication, la diplomatie et la culture du lien humain.

 

Je connais Cheikhna Oukd Nenni pour avoir travaillé avec lui dans des environnements professionnels différents, notamment à Nouakchott Info puis à l’Agence Mauritanienne d’Information. Cette proximité professionnelle me permet de témoigner d’un trait constant chez l’homme : une aversion profonde pour l’injustice et une exigence rare pour le travail bien fait.

À Nouakchott Info, j’ai découvert un responsable attentif aux compétences plus qu’aux statuts. Mon salaire y passa de 20 000 à 40 000 ouguiyas, non par faveur, mais par reconnaissance du travail fourni. Je garde surtout en mémoire cette phrase, prononcée en 2001, avec un sourire mêlé de sérieux : « Sneiba, tu corriges tout le monde, y compris moi. » Une remarque qui résumait son rapport sain à la hiérarchie : le professionnalisme avant l’ego.

Plus tard, à l’Agence Mauritanienne d’Information, je n’étais que correcteur, rémunéré à la pige à hauteur de 50 000 ouguiyas. Connaissant mes capacités rédactionnelles, Cheikhna Nenni me proposa d’écrire également pour le journal Horizons, portant ma pige à 120 000 ouguiyas. Là encore, il ne s’agissait pas d’un geste personnel, mais d’une conviction : valoriser les compétences disponibles au service de l’institution.

Le souvenir le plus révélateur reste sans doute celui de son départ. Alors que certains estimaient son autorité déjà révolue, il appela le comptable et lui lança cette instruction restée gravée dans ma mémoire :

« S’il ne te reste qu’une ouguiya dans la caisse, donne-la à Sneiba. »

Au-delà de l’anecdote, ce geste traduit une fidélité humaine rare dans les milieux publics.

Homme des médias, diplomate expérimenté, acteur politique mesuré et figure reconnue pour ses engagements sociaux, Cheikhna Ould Nenni incarne une génération de responsables pour qui l’influence ne se proclame pas — elle se construit patiemment.

Un homme façonné par les médias

Avant d’être diplomate ou responsable public, Cheikhna Ould Nenni est d’abord un professionnel de l’information. Son passage dans l’univers médiatique lui a permis d’acquérir une compréhension fine des dynamiques nationales et internationales, mais surtout une capacité rare : écouter avant de parler.

Dans un pays où les médias jouent un rôle croissant dans la formation de l’opinion, il s’est distingué par une approche équilibrée, privilégiant l’analyse à la polémique. Cette culture journalistique restera une constante dans son parcours : prudence dans le verbe, précision dans le message, sens aigu de la responsabilité publique.

Le diplomate des équilibres

La diplomatie exige tact, patience et lecture stratégique des rapports humains. Cheikhna Ould Nenni y trouve naturellement sa place.

Au fil de ses missions, il s’est imposé comme un diplomate de dialogue, capable de maintenir des relations constructives dans des contextes parfois complexes. Ceux qui ont travaillé à ses côtés évoquent un homme de négociation plus que de confrontation, convaincu que la crédibilité internationale d’un pays repose autant sur la qualité des relations humaines que sur les positions officielles.

Son style tranche avec la diplomatie spectaculaire : discrétion, continuité et efficacité silencieuse.

Un acteur politique mesuré

Dans l’arène politique mauritanienne, souvent marquée par des clivages prononcés, Cheikhna Nenni cultive une posture de modération.

Ni homme de rupture brutale ni adepte des discours excessifs, il privilégie la recherche du consensus. Cette attitude lui vaut l’image d’un responsable attaché à la stabilité institutionnelle et au dialogue national.

Sa démarche politique repose sur une conviction simple : la durabilité des réformes dépend davantage de l’adhésion collective que de la confrontation.

Un homme de relations

L’une des caractéristiques majeures de Cheikhna Nenni reste son capital relationnel. Diplomates, journalistes, responsables économiques, acteurs associatifs ou leaders communautaires reconnaissent chez lui une capacité naturelle à créer des ponts.

Dans une société mauritanienne diverse, cette aptitude à fédérer constitue un atout stratégique. Il apparaît souvent comme un facilitateur, capable de rapprocher des univers différents sans chercher la lumière.

Un engagement social discret mais constant

Au-delà des fonctions officielles, Cheikhna Nenni s’est illustré par des actions sociales régulièrement saluées : soutien à des initiatives communautaires, accompagnement de jeunes talents, aides ponctuelles aux populations vulnérables et participation à des actions de solidarité locale.

Ces engagements, rarement médiatisés, participent pourtant à forger sa réputation d’homme accessible et attentif aux réalités sociales.

La force de la discrétion

Dans un contexte où la visibilité devient parfois une finalité en soi, Cheikhna Nenni représente une autre école du leadership : celle de la présence utile plutôt que de la présence médiatique permanente.

Homme des médias devenu diplomate, diplomate engagé en politique, responsable public attaché au social, il demeure avant tout un artisan du dialogue — un profil rare dans un environnement politique en mutation.

Sneiba Mohamed