Ahmed Baba Ould Eleya: l'itinéraire discret d'un homme de confiance de l'Etat

Certaines trajectoires se dessinent dans la discrétion, loin des projecteurs, mais finissent par s’imposer comme des évidences lorsque vient l’heure des responsabilités. La nomination récente d'Ahmed Baba Ould Eleya s’inscrit précisément dans cette logique : celle d’un État qui semble vouloir confier ses postes sensibles à des personnalités dont la compétence se double d’une expérience humaine et politique éprouvée.
Plusieurs observateurs, dont Sid El Mokhtar Dah Ould Ismail, ont souligné les qualités professionnelles de cet homme reconnu pour sa rigueur, son sens de l’organisation et ses remarquables capacités de gestion. Pourtant, au-delà du technicien et de l’administrateur, il existe une dimension plus ancienne, presque fondatrice, de son parcours : celle d’un acteur politique déjà aguerri dans les premières heures du pluralisme mauritanien.

Le souvenir remonte à 1992, année historique marquée par la première élection présidentielle multipartite en Mauritanie, remportée par Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya dans un climat tendu, traversé par des accusations de fraude et une polarisation politique inédite.
C’est dans ce contexte que j'ai découvert la personnalité d’Ahmed Baba Ould Eleya. Lors d’une mission du Parti républicain démocratique et social (PRDS) à Kiffa , une rencontre eut lieu dans un cadre presque familial.
À l’époque, j'exerçais comme gestionnaire d’hôpital. Rien ne laissait encore présager que cet échange, simple en apparence, s’inscrirait dans la mémoire comme le premier contact avec un homme appelé à compter dans les sphères décisionnelles.
Ce qui frappait déjà chez Ahmed Baba Ould Eleya était moins l’ambition que la posture : celle d’un fin politique, doté d’un contact naturel et d’une capacité rare à fédérer. Dans une Mauritanie qui expérimentait encore les mécanismes du multipartisme, ces qualités n’étaient pas anodines.
Son choix pour certaines responsabilités n’avait donc rien de fortuit. Il semblait répondre à une logique de terrain, à la reconnaissance d’un tempérament capable de naviguer dans des environnements complexes sans perdre de vue l’essentiel : maintenir le dialogue et construire des convergences.
L’artisan d’un basculement politique.
Cette aptitude trouvera une illustration éclatante des années plus tard, lorsqu’il dirigera la première campagne présidentielle de Mohamed Ould Cheikh Ghazouani à Nouakchott - épisode que Sid El Mokhtar Dah Ould Ismail considère comme un tournant majeur.
La capitale, longtemps perçue comme un bastion de l’opposition, bascula alors en faveur du candidat de la Majorité. Un résultat qui ne releva ni du hasard ni d’un simple effet de conjoncture, mais d’un travail méthodique : organisation de terrain, stratégie électorale affûtée et engagement personnel allant, dit-on, jusqu’au sacrifice de ressources propres.
Cet épisode révèle une constante dans le parcours d’Ould Eleya : la conviction que l’action politique est d’abord un devoir national, particulièrement dans les périodes décisives.
Une nomination aux résonances multiples
Sa nomination actuelle dépasse ainsi le cadre d’une promotion individuelle. Elle peut être lue comme un signal : celui d’une volonté de valoriser le mérite, de reconnaître la loyauté et d’honorer ceux qui ont contribué, parfois dans l’ombre, à structurer la vie publique.
Dans un pays où l’équilibre entre technocratie et sens politique demeure essentiel, le profil d’Ahmed Baba Ould Eleya incarne cette synthèse rare entre expertise administrative et intelligence stratégique.
Les témoignages venus du passé, tels que cette rencontre de 1992, rappellent que les grandes carrières ne naissent pas soudainement. Elles se construisent patiemment, au fil des engagements, des relations humaines et des moments historiques partagés.
Aujourd’hui, alors que la Mauritanie poursuit sa quête de modernisation institutionnelle, la trajectoire d’Ahmed Baba Ould Eleya apparaît comme celle d’un homme façonné par l’expérience, la fidélité à ses convictions et une certaine idée du service public.
Sa nomination porte ainsi une promesse : celle d’une gouvernance où compétence et mémoire politique ne s’opposent pas, mais se complètent - au bénéfice d’un État en constante évolution.

Ahmed Ould Bettar